Rencontré en marge de l’officialisation de l’usine Nissan en Algérie, Sefiène Hasnaoui, co-président du Groupe Hasnaoui, a accepter de répondre à quelques questions sur le projet de l’usine Nissan et les objectifs de l’entreprise Groupe Hasnaoui Automotive Production SPA (GHAP).

Autoalgerie : Monsieur Hasnaoui, on imagine que c’est un ouf de soulagement pour vous cet aboutissement ?

Sefiène Hasnaoui : C’est une fierté avant tout car on est fiers pour notre père (Allah yerahmou), mais nous sommes ma sœur et moi-même, les deux coprésidents du Groupe, très fiers parce que c’est le pionnier de l’industrie et je pèse mes mots surtout qu’il a défendu ce projet en voulant protéger notre économie, notre industrie et notre pays en faisant en sorte que cela soit une réalité industrielle profonde. Aujourd’hui, oui c’est aussi un soulagement parce que c’est trois ans de travail et nous tenons à saluer les équipes pour cela.

Vos entendez exactement quoi par « une industrialisation profonde » ? Vous n’allez pas vous contenter du SKD sur le long terme ?

Nous ne sommes pas dans cette optique seulement sur du long terme mais plus sur le court et moyen terme. Il n’existe pas d’industrie automobile sans avoir une industrialisation d’un écosystème et faire en sorte de disposer d’une sous-traitance qualifiée, aux mêmes normes que la japonaise, française, américaine ou allemande car il n’y a pas de compromission concernant la qualité. Si nous avons opté pour quatre modèles en déphasage, donc étalé dans le temps, c’est parce que nous voulons accompagner dès le premier modèle notre usine avec une industrialisation réelle et profonde par la densification de l’écosystème qui va nous permettre d’arriver avec un produit compétitif mais aussi faire que l’industrie automobile telle que voulue par le gouvernement soit une réalité pour les cinquante prochaines années et cette réalité ne peut passer que par la réalisation de richesse et valeur ajoutée en local et qu’elle se transcrive dans la production et le coût du véhicule aussi bien pour notre marché que pour l’export. D’un côté, les équipementiers devront être compétitifs et accéder au marché de l’export, une compétitivité qui profitera à la production automobile qui sera également compétitive pour s’offrir de nouveaux horizons.

Mais pour voir évoluer cette sous-traitance, quelles sont les leviers à actionner ?

Il n’y a pas trente-six leviers, il en existe trois à mon sens. Il faut d’abord un régulateur et là c’est l’état à travers le cahier des charges qu’il faut appliquer. Le second levier c’est le constructeur qui doit, pour sa part, transférer sa technologie en toute transparence et efficacité. Le dernier levier c’est le marché et ce dernier doit répondre à cela. Donc si on arrive à faire fonctionner ses trois leviers, le reste découle en source. Pour notre projet, nous avons Nissan qui est impliqué, un marché qui est important et un régulateur qui joue son rôle. On aura des routes sinueuses devant nous mais on sait ou on va à chaque étape.

Vous travailler sur le projet depuis trois ans, on imagine que sur le dossier de la sous-traitance aussi et vous avez sûrement touché du doigt les différents soucis qui retardent l’arrivée des sous-traitants, des soucis tels que les facilitations à l’export et autre rapatriement des dividendes ?

Je ne vais pas être démagogique, je trouve honnêtement que le cadre législatif est parfaitement adapté à la mise en place d’une industrie en Algérie d’autant plus que le code de l’investissement donne un certains nombre d’avantages en plus de ceux de l’ANDI. La difficulté est, à mon avis, au niveau de trois facteurs : le partenaire doit jouer le jeu en construisant quelques chose de sérieux. Il faut également que le sous-traitant algérien fasse des efforts et investisse pour être compétitif face à un équipementier étranger tout en respectant les mêmes normes de qualité, de productivité et de compétitivité, cela en contrepartie d’un plan de charge, bien sûr. Le « just on time » est valable pour un certain nombre de pièces et de composants et on ne vais pas y arriver tout de suite à cela pour l’international mais on peut le faire tout de suite pour l’Algérie. Le réseau des équipementiers et vaste, vous pouvez travailler sur des sous-sous-composants et alimenter un équipementier de rang 1 ou de rang 2. Le rang 3 est celui qui demande le plus de main d’œuvre, celui qui travaille le plus de composant pour créer cette valeur ajouter.

Revenons un peu à l’usine, vous annoncez 63.500 unités/an sans définir d’échéance.

Notre plan est simple, c’est une année de construction de l’usine et quatre ans d’activité mais on le fera sans pression. On a opté pour quatre modèles, nouveaux, porte-étendard de Nissan dans sa stratégie globale et qui correspondent parfaitement aux besoins de l’Algérie mais aussi à ceux des marchés limitrophes. On avancera par phase, l’une après l’autre et on atteindra cette objectif de 63.500. Je voudrais juste insister sur le fait que ce chiffre n’est pas le plus important, mais c’est celui de créer la valeur ajoutée et densifier ce projet.

Par densification du projet, vous voulez dire que 63.500 n’est qu’une première phase de l’installation de Nissan ?

Effectivement, ce n’est que la première de plusieurs phases sur lesquelles nous travaillons. Il y a plusieurs options comme le cas de Datsun qui a été évoqué lors de la conférence de presse, mais pour le moment je ne peut vous dire si cela se fera ou pas car aucune décision n’ a été prise mais ce qui est sûr c’est que Nissan n’est pas en Algérie pour trois ou quatre ans mais pour une très longue période.