Achim Anscheidt, directeur du design chez Bugatti

Achim Anscheidt, directeur du design chez Bugatti, se souvient des éditions exceptionnelles de la Veyron, celles qui lui tiennent le plus à cœur.

Première hypersportive des temps modernes, détentrice du record du monde et icône du design automobile. Avec le démarrage de la production de la Veyron 16.4 il y a 15 ans, Bugatti écrit l’histoire : première hypersportive du monde, la Veyron 16.4 délivre une puissance de 1 001 ch, roule à 407 km/h et accélère de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes. Sa mise au point est considérée jusqu’à aujourd’hui comme un des plus grands défis du monde de l’automobile. En dix ans, 300 Veyron 16.4 Coupés et 150 Roadsters, parmi lesquels des éditions et des modèles très particuliers, sont sortis de l’usine de Molsheim en France. Achim Anscheidt, directeur du design chez Bugatti, se souvient de ses six favoris.

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Veyron 16.4 Pur Sang (2007)

« Se souvenir de la Veyron 16.4 Pur Sang, c’est comme se rappeler la naissance de son premier enfant. Un événement aussi émouvant ne s’oublie jamais. Il s’inscrit profondément dans la mémoire », explique Achim Anscheidt. « Je me souviens encore précisément lorsque je suis entré pour la première fois dans l’Atelier de Molsheim et comment j’ai été émerveillé par la technique de la Veyron 16.4. Le concept technique de ses matériaux m’a enthousiasmé comme jamais auparavant. La monocoque en carbone avec les éléments de montage des cadres avant et arrière en aluminium m’a fasciné, et la beauté qui s’en émanait m’a inspiré », poursuit Achim Anscheidt. Comme la découverte du charme d’une personne, de sa personnalité. Le designer veut l’exprimer pour atteindre une perception autre, nouvelle. Au lieu de deux couleurs, ce sont le carbone et l’aluminium qui contrastent sur la Pur Sang – le travail de ces deux matériaux est une nouveauté dans la construction automobile. Pour rendre justice à la beauté technique de ces matériaux, Bugatti renonce à la peinture et interprète l’élément de design classique de Bugatti, le « two-tone design » (thème à deux tons) sous une nouvelle forme extraordinaire. L’enveloppe extérieure en carbone recouvre le moteur W16 et l’habitacle du véhicule tandis que le revêtement en aluminium souligne les contours de la Veyron par des jeux de lumière. Avec la Pur Sang, Bugatti commence une série d’éditions spéciales et son programme de personnalisation. La Veyron 16.4 Pur Sang était limitée à seulement cinq exemplaires et Bugatti en a vendu une toutes les 45 minutes au Salon international de l’automobile de Francfort en 2007.

Bugatti Veyron 16.4 Super Sport (2010)

« La Veyron 16.4 Super Sport que nous avons présentée en 2010 est et reste pour moi un véhicule très particulier. C’était la première fois qu’au département design de Bugatti nous avons appliqué aussi résolument la méthode ’form follows performance’, ajoute Achim Anscheidt. Car pour réaliser notre projet, battre le record du monde de vitesse avec des véhicules en série, nous devions optimiser l’aérodynamique. Une silhouette plate et allongée permet de fendre le vent, deux buses d’air NACA aménagées dans le toit alimentent en air l’énorme moteur. Ce que de nombreux enthousiastes de Bugatti ne savent pas encore : les détails du toit s’appuient sur l’ancien design de la Bugatti EB110 SS, la Super Sport des années 1990.

La puissance du moteur s’élève à 1 200 ch afin d’atteindre une accélération de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, ainsi qu’une vitesse maximale de 415 km/h. L’automobile qui détient le record du monde selon les strictes exigences du Guinness World Records atteint une vitesse maximale moyenne de 431,072 km/h et devient ainsi la supersportive de série la plus rapide du monde. « Lors d’un test de vitesse maximale sur la piste d’essai d’Ehra-Lessien en Allemagne, j’étais à environ 10 mètres de la piste lorsque la Veyron 16.4 Super Sport est passée en filant devant nous. C’était absolument incroyable. Je ne l’oublierai jamais », affirme Achim Anscheidt. Bugatti vend la Veyron 16.4 Super Sport à partir de juillet 2010 et les cinq premières éditions spéciales « World Record Edition » sont immédiatement épuisées.

Veyron 16.4 Grand Sport L’Or Blanc (2011)

Un véhicule vraiment intéressant a vu le jour au cours de l’été 2011, conçu en collaboration avec la Manufacture de porcelaine de Berlin (KPM). La Bugatti Veyron 16.4 Grand Sport L’Or Blanc, modèle unique, parie sur une porcelaine de haute qualité sur et dans le véhicule – une première dans le domaine de l’automobile – et séduit son public grâce à l’œuvre d’art abstraite peinte sur sa carrosserie. « Avec L’Or Blanc, nous avons créé un véhicule extraordinaire », affirme Achim Anscheidt. L’idée même a une histoire particulière : Début 2011, est apparu chez Bugatti le souhait d’une pièce unique, une « Art-Car ». «J’étais d’abord plutôt sceptique vis-à-vis de ce projet, car je ne voulais en aucun cas réaliser une œuvre d’art automobile à la manière des Andy Warhol, Jeff Koons, Frank Stella ou encore Roy Lichtenstein », explique Achim Anscheidt.

Puis, l’idée ne l’a pas quittée et il a cherché avec son équipe la possibilité de créer un véhicule spécial qui correspond à l’image de marque de Bugatti : art, forme, technique. Ainsi que les caractéristiques qui en découlent, comme l’exigence d’une qualité et de matériaux rares et un travail à la main. Au début, les designers ont projeté les réflexions d’une rampe lumineuse (un processus courant pour modeler une surface) sur l’extérieur du véhicule. Ces reflets laissent supposer la beauté, la qualité et la tension d’une surface. Les proportions et les courbes du véhicule se laissent ainsi mieux deviner – un moment magique.

Les designers ont alors capté la magie de ces réflexions en collant des bandes bleues en papier de soie japonaise coupées avec précision sur une Veyron peinte en blanc. Sans cesse, l’équipe réexamine le travail et réajuste le rapport des bandes avec les espacements. À la fin, les lignes se tendent comme un réseau de reflets lumineux sur la surface de la Veyron. « Le résultat génère des associations avec un vase chinois de la période Ming et c’est ainsi que nous est venue l’idée d’une coopération avec la Manufacture de porcelaine de Berlin », analyse Anscheidt. Il en résulte la combinaison d’un matériau fragile, extrêmement beau, avec un véhicule à la technique hautement complexe. L’Or Blanc devient la porcelaine la plus rapide du monde. Les lignes dessinées sont remplacées à la main au millimètre près par des spécialistes par de la peinture bleu foncé évoquant la royauté. La pièce unique est vendue à un collectionneur.

Veyron 16.4 Grand Sport Vitesse (2012)

« Pourquoi la Grand Sport Vitesse est pour moi un véhicule si particulier ? Au début, nous, les designers, étions critiqués car la Grand Sport Vitesse ne ressemblait pas assez à un roadster », explique Achim Anscheidt. « Désormais, nos clients apprécient le fait qu’avec le toit fermé, elle ressemble à un Coupé. Et lorsque le toit est ouvert, ils apprécient la sensation inimitable du roadster. » Avec 1 200 ch. Avec une vitesse mesurée officielle de 408,84 km/h, la Grand Sport Vitesse établit en 2013 un nouveau record mondial de vitesse pour une voiture sportive décapotable. Cette édition de World Record Car (WRC) de la Grand Sport Vitesse a été limitée à huit exemplaires et le véhicule a immédiatement été en rupture de stock. Dans l’Atelier de Molsheim, 92 Grand Sport Vitesse sont assemblées sur un total de 150 roadsters – jusqu’à aujourd’hui les seules hypersportives ouvertes Bugatti de l’époque moderne.

Veyron Grand Sport Venet (2012)

Une autre pièce unique, œuvre d’art inégalable, est née en collaboration avec l’artiste et sculpteur français Bernar Venet. Avec un véhicule qui porte le même nom que la Veyron 16.4 Grand Sport, Bugatti crée un véritable objet d’art qui associe un design de surface fascinant avec un habitacle évoquant la Haute couture. « Développer un véhicule avec un artiste connu qui n’a jamais travaillé dans le design automobile peut s’avérer une affaire délicate. Avec Bernar Venet, ce fut dès le départ un processus intégralement créatif. Ce fut fascinant et impressionnant de voir comment il travaillait et créait des sculptures démesurément grandes. Nous avons étroitement collaboré avec lui et au final, une œuvre véritablement éblouissante a pris naissance », explique Achim Anscheidt. Anscheidt et Bernar Venet n’étaient au départ pas du même avis sur le fait de peindre la Veyron d’une couleur orange qui passe progressivement au brun, rappelant le fer à peine rouillé passant à l’état de rouille prononcée de couleur brune. « Certes je comprenais l’inspiration qui l’animait, mais un dégradé de couleurs rappelle plutôt, quant à la qualité et à l’aspect, à une Hot Rod historique qu’une Bugatti », rapporte Anscheidt. Ensemble, nous avons réfléchi sur la manière de représenter cette transformation sur un autre principe. L’enthousiasme de Bernar Venet pour les chiffres et les mathématiques nous a donné le coup d’envoi : exprimer par un dégradé de couleurs les formules techniques du calcul de la performance du moteur W16 et de la vitesse sur la carrosserie de la Veyron. Telle une explosion, les formules mathématiques couvrent l’avant jusqu’aux flancs en passant par les ailes. Le coloris rouille des chiffres, qui sont aussi présents dans l’habitacle, se réfèrent à une série de sculptures à succès de Venet. « Une manière impressionnante de représenter élégamment le processus de peinture et le dégradé de couleurs. C’est ainsi que nous avons créé une sculpture automobile unique, synthèse de concept artistique et de possibilités techniques », explique Achim Anscheidt. La Grand Sport Venet a été présentée au grand public en décembre 2012 dans la Collection de la famille Rubell à l’Art Basel Miami Beach et fait aujourd’hui partie d’une collection privée.

« Les Légendes de Bugatti » – Ettore Bugatti (2014)

Pour Achim Anscheidt, les voitures les plus impressionnantes sont encore aujourd’hui les véhicules de légende Jean-Pierre Wimille, Jean Bugatti, Meo Costantini, Rembrandt Bugatti, Black Bess et surtout Ettore Bugatti, toutes faisant partie de l’édition spéciale « Les Légendes de Bugatti ». La sixième et dernière édition de la série basée sur la Veyron 16.4 Grand Sport Vitesse est extraordinaire, notamment pour sa carrosserie en carbone apparent bleu foncé et en aluminium poli à la main et son habitable en cuir de Cordoue fabuleusement souple et naturel. « Quiconque a possédé des chaussures dans ce matériau a été fasciné par la qualité du cuir de Cordoue et le plaisir de sa longue durée de vie. C’était exactement notre approche lors de la création de l’habitacle de cette Légende », explique Achim Anscheidt. Les trois exemplaires furent immédiatement épuisés, tout comme les 18 unités de cette édition spéciale en six parties.

« Nous espérons que les petits-enfants des actuels propriétaires s’assiéront un jour dans une des légendes Ettore Bugatti, peut-être lors d’un Concours d’Élégance à Pebble Beach, et commencerons à rêver et à réfléchir sur la beauté des matériaux et sur leur aspect – et surtout sur le fait que ces véhicules offrent une qualité et des valeurs d’une durée de vie supérieure à la moyenne. C’est exactement ce qu’incarne et incarnera toujours une Bugatti », confirme Achim Anscheidt.


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