Deuxième opus de notre rubrique “Rétro” avec l’essai de la Ford Focus ST de 225ch sur les routes du Castelet et sur le circuit “Paul Ricard” (Mohamed Amine Meriem, 11/2005).

Tout le monde s’accorde à dire que pour 2006, la voiture à battre sur les routes boueuses du WRC sera la nouvelle Focus RS WRC. Les prestations générales de cette voiture lors des premiers essais hors compétition ont été plus que satisfaisantes, avec plus de 300km parcourus sans grands soucis ; prestations confirmées lors de la première apparition de ce monstre sur roues en compétition, dans le rallye d’Australie, qui a eu lieu le 11,12 et 13 novembre dernier.

Pure coïncidence ? Pas tout à fait, le 11 et le 12 novembre, nous avions entre les mains une bête de la même espèce et qui porte le même nom, seule différence, cette dernière est destinée à l’asphalte et non qu’aux sentiers défoncés des parcours WRC ; pendant deux jours, nous avons testé la Ford Focus ST, la nouvelle arme du numéro 3 mondial, une déclinaison hautes performances de son véhicule phare, la Focus.

ST chez Ford (Sport Technologies) est équivalent au GTI chez Volkswagen, OPC chez Opel, ou RS chez Renault ; en développant une voiture à hautes performances, le constructeur américain vise le marché européen, grande débouchée aux berlines sur-vitaminées. La ST est la Focus la plus puissante jamais construite, elle s’est retrouvée dans les “bacs” à peine une année après la sortie de la Focus 2 ; cet empressement à la mettre sur le marché laisse supposer que le produit est mature et prêt à entrer dans l’arène.

Extérieur

La ST reprend la ligne générale de sa sœur la Focus, elle est reconnaissable au premier coup d’œil grâce à une allure particulière, racée et sportive. Les changements apportés ne touchent que les boucliers, la jupe et le béquet, aucun élément de carrosserie n’a été modifié ; pas étonnant par ces temps difficiles pour les constructeurs américains, astreints à la maîtrise des coûts.

A l’avant, le bouclier de la ST dessine une ligne plus dynamique, la calendre devient plus haute mais moins large au bénéfice de ses bords qui prennent de l’ampleur ; le creux dans lequel se loge l’optique est dessiné par la nervure du capot qui rejoint le prolongement de l’arête latérale filante, qui en s’arrêtant à mi-hauteur du bouclier crée une cassure qu’on ne retrouve pas sur la sœur Focus, cette dernière donne à la ST cet air ramassé à l’avant. La moustache sous la calandre est saillante à la faveur d’un corps profilé, elle confère à la voiture une ligne pointue et fait dégager cette impression de puissance, qui nous le verrons plus bas, est loin d’être qu’une impression… en dessous se loge une prise d’air trapézoïdale qui permet de refroidir les 225 chevaux de la bête. Autre différences avec la Focus, le dessin de la grille de la calandre, où les losanges cèdent la place à des rangées de triangles ; la loge des antibrouillards devient moins haute et plus longue, elle épouse la forme du bouclier et se voit parée d’inserts en chrome.

A l’arrière, pas de gros changements, hormis une becquet redessiné, le bouclier qui prend une couleur unie, ainsi que l’antibrouillard et le feu de recul qui se retrouvent logés dans une rainure taillée dans le bouclier et qui s’entoure de chrome. On retrouve aussi une double sortie d’échappement en chrome, mise en évidence par un creux en bas du bouclier qui complète l’allure globale ramassée de la voiture.

Vue de coté, la Focus ST gagne en dynamisme grâce notamment à des jantes 18 pouces de cinq branches ainsi qu’à un bas de caisse profilé et élargi par une jupe saillante ; le clignotant latéral est déplacé sous le rétroviseur, à sa place trône le monogramme ST. Tous les plastiques prennent la teinte de la carrosserie.

La différenciation de la ST par rapport a sa sœur Focus se fait au premier coup d’œil, même si le travail des designers n’a touché que les boucliers et la calandre, sans que la ST ne cède quoi que ce soit de la forte identité de la Focus.

Intérieur

Si vous avez encore des doutes sur la sportivité de la Focus ST vue de l’extérieur, le simple fait de plonger dans l’habitacle suffira à les dissiper ; les imposants sièges baquets Recaro donnent le ton ; à l’intérieur, tout respire le sport sans pour autant faire dans l’excès : le volant reçoit un insert en chrome gravé du monogramme ST en rouge, le levier de vitesse rétro-éclairé dans sa partie supérieure ne laisse pas passer les 6 rapports inaperçus, les pédales sont chromées et antidérapantes, le cadran affiche 260km/h, inserts de chrome à volonté et, pour couronner le tout, trois cadrans surgissent de la planche de bord et donnent en permanence la pression du turbocompresseur ainsi que la pression et la température de l’huile moteur, n’est-ce pas de la sportive tout ça ?

Petite touche de subtilité dans un habitacle fait exprès sombre, deux LED (diodes électroluminescentes) placés au niveau du plafonnier surplombent l‘habitacle et le saupoudrent d’une lumière rouge quasi-imperceptible, elles lui confèrent une ambiance soyeuse lors de la conduite de nuit, en imprimant un subtil film de lumière rouge sur la main du conducteur lorsque celle-ci est posée sur le levier de vitesse.

Petit couac, les plastiques employés pour les rangements sont de qualité moyenne.

Motorisation

Pour propulser le bolide, les ingénieurs du RS Team, l’équipe chargée du développement des véhicules hautes performances chez Ford, sont partis fouiner dans le large catalogue de moteurs du groupe Ford (Aston Martin, Mercury, Jaguar, Volvo, Mazda, Land rover) ; ils ont fini par trouver le moteur adéquat chez le suédois Volvo, un 2.500cc essence turbocompressé.

Revu dans certains de ses aspects, ce moteur a été étalonné pour répondre aux exigences d’un cahier des charges qui avait comme objectif principal de faire de la Focus ST un véhicule polyvalent, à l’usage à la fois quotidien et sportif. Ce moteur offre des performances au dessus de bien des références, flexible, il s’adapte à ce qu’on lui demande, que l’on veuille faire le bon père de famille ou le pilote en mal de sensations.

Le choix de Ford est atypique mais pas forcément inadéquat, pendant que tous les concurrents tournent sur un 4 cylindres en ligne de 2 litres, Ford a choisi un moteur qui semble à priori surdimensionné : un 5 cylindres en ligne de 2.500cc suralimenté d’un turbocompresseur, il développe 225ch pour un couple de 320Nm ; on est bien dans la fourchette du segment, entre les 200ch de la Golf GTI et les 240ch de l’Astra OPC. Sous la pression du sacro-saint impératif économique, Ford a choisi la sagesse : développer un nouveau 2 litres suralimenté aurait coûté trop cher au constructeur et aurait été difficile à rentabiliser, les ingénieurs sont donc partis sur la base d’un moteur existant.

Comportement routier

La première partie des essais a eu lieu sur les nationales et les départementales entourant le Castelet, la voiture a fait preuve d’un excellent comportement, les accélérations sont efficaces et bien ressenties sans trop secouer les occupants, un conseil tout de même, si vous êtes assis à coté d’un conducteur en mal de sensations, vaut mieux avoir sa tête plaquée contre l’appuie-tête si vous ne voulez pas la voir taper à chaque dépassement à la sauce “Need For Speed”. Loin d’être désagréable, cette sensation fait partie de celles que l’on souhaite voir se reproduire à chaque accélération, surtout quand on est confortablement installé dans les larges sièges baquets bi-ton Recaro.

Pas de chance pour les conducteurs en mal de sensations, le jour de l’essai était aussi celui de la fête de l’armistice en France, c’était donc férié ; les français étaient tous sortis se promener, en voiture, en buggy, en roadster, en moto et même en quad, tout le monde était sur la route ! A chaque chose malheur est bon, la congestion des routes nous a obligé à tester la Focus ST dans des conditions de trafic dense, d’arrêts fréquents, de ralentissements et de dépassements courts… un joli plat urbain que nous avons dégusté au volant du bolide qu’il fallût mater le temps d’une incursion sur ces voies fréquentées. Cette configuration est idéale pour évaluer souplesse et comportement du moteur ; les relances après un ralentissement ne nécessitent pas de rétrograde systématique même très bas dans les tours, grâce aux 320Nm de couple disponible dès les 1600tr/min ; cette valeur constante jusqu’à 4000 tr/min offre de très bonnes reprises et une excellente réactivité.

Changement de parcours pour le deuxième jour des essais, le mythique circuit Paul Ricard nous a ouvert ses portes pour essayer la Focus ST. Le parcours a été tracé de manière à avoir toutes les configurations possibles, virages en tête d’épingle, lignes droite, faux plats, courbes serrées, double apex, tout était là pour éprouver le châssis, le moteur mais aussi l’ESP.

Lors de la présentation de la voiture, Jost Capito avait annoncé la couleur, la Focus ST s’en sort très bien sans ESP. C’est ce que nous avons vérifié sur circuit, poussant la voiture dans ses derniers retranchements. Quand il est activé, l’ESP n’intervient que très tard, lorsque on va chercher le dérapage… et là, il fait preuve d’une réactivité étonnante, freinage des roues et décélération font ce savant dosage qui remet la voiture sur le circuit de manière habile ; cette correction, qui modifie le comportement naturel de la voiture, diminue un peu aux sensations de sortie de courbe mais personne ne s’en plaindra, mieux vaut en sortir en douceur que de se retrouver dans le décor. La boîte de vitesse manuelle de six rapports est bien étagée et permet d’envoyer le véhicule à 100km/h en 6,8 secondes, dommage que Ford ne propose pas une boîte robotisée qui aurait fait gagner quelques centièmes de secondes.

Le sentiment de sécurité est accentué par l’équilibre général de la voiture, elle bénéficie d’un châssis dérivé de celui de la Focus mais retravaillé pour l’occasion, afin de mieux répondre aux exigences de la performance. Le freinage assuré par quatre disques et doté de l’ABS s’est montré très efficace et se fait sans à-coups, les puristes regretteront le manque de mordant. La direction s’est montrée précise et facile à manier.

Insonorisation

Il est toujours problématique de faire cohabiter la sportivité avec l’insonorisation de l’habitacle, un moteur qui ne se laisse pas entendre ne peut revendiquer la sportivité. Autre dilemme… filtrer le ronflement du moteur des bruits qui l’étouffent, à l’image du son du turbocompresseur. Afin de transmettre le chant caractéristique du 5 cylindres, Ford a doté sa ST d’une de membrane posée contre le système d’admission, cette dernière s’ouvre et laisse passer la sonorité du moteur dans l’habitacle lors des montées dans les tours et se referme quand le moteur tourne à régime constant. L’habitacle bien insonorisé aidant, cet ingénieux système permet de rouler confortablement sur autoroute en filtrant les bruits extérieurs, tout en enchantant l’habitacle du son du moteur lors d’un dépassement.

L’heure des comptes

Ford a réussi de trouver le bon compromis entre la puissance, la sobriété et le confort. Moins voyante que l’ancienne Focus RS mais plus puissante que la ST 170, la nouvelle Focus sur-vitaminée joue la carte de la polyvalence. Plus performante qu’une VW Golf GTI et beaucoup moins chère que l’opel Astra OPC, elle se place comme alternative viable et essayera de se trouver une place dans un segment restreint mais très sensible à la nouveauté. La version 3 portes s’affiche à un prix parmi les plus bas de sa catégorie, soit 26.500€ ; elle est 490€ moins chère que la Golf V GTI et 3.400€ que l’Astra OPC ; il faudra quand même casquer 1.200€ pour la peinture orange électrique. Seul point noir, la consommation qui oscille autour des 15 l/100 dans des conditions d’utilisation raisonnable, si par contre vous avez le pied droit plus lourd que le pied gauche et que vous avez tendance à confondre la voiture avec votre playstation, comptez près de 20 l/100km ; c’est un peu plus que ses rivales dotées de moteurs de 2litres, mais c’est aussi le prix du plaisir du moteur essence suralimenté.

Les deux jours d’essai auront été chargés d’émotions fortes et de sensations pures ; et pour mieux nous imprégner de son histoire dans le sport automobile, Ford a sorti de ses armoires des véhicules qui ont marqué de leur empreinte des circuits de légende. S’il n’avait pas plu ce jour-là, on aurait fait quelques tours d’essai au bord de quelques unes de ces pièces de collection. Pas de chance, nous nous sommes contentés de les toucher et de les admirer, c’était tout aussi émouvant.


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