Accueil du site > Actualité > Actualité > "Nous devons être plus proche du client final"

Ho Guen Park, Directeur Général de Global Motors Industries : "Nous devons être plus proche du client final"

Publié le dimanche 5 mars 2017 à 08:21, par Khaled A.

Dans un entretien accordé conjointement à autoalgerie.com et auto-utilitaires.com, Ho Guen Park, Directeur Général de Global Motors Industries, revient sur les six premiers mois de l’usine de Batna et des perspectives à venir.

Après quatorze ans au sein de HMC, Ho Guen Park a rejoint Global Motors Industries au poste de Directeur Général pour un nouveau challenge qu’il nous détaille dans cet entretien.

Six mois après la mise en marche de l’usine d’assemblage de camions Hyundai à Batna, c’est quoi votre sentiment ?

A vrai dire je ne suis pas entièrement satisfait et je ne pourrais commencer à l’être qu’une fois le stade CKD atteint, car c’est cela notre objectif et non pas ce que nous faisons actuellement, ce qui veut dire que nous avons un long chemin à parcourir encore. Mais avant de parler de cela, il faut également se pencher sur ce que le gouvernement algérien veut aussi bien pour l’industrie automobile que pour l’économie en général. Cela fait quatorze années que je suis chez Hyundai Motor Corporation et j’ai bourlingué dans pas mal de pays, notamment en Tunisie et au Maroc. Deux pays qui ne disposent pas de richesses naturelles mais offre par contre un tissu industriel important pour l’automobile pour rester dans notre domaine. A cause de cela, l’Algérie présente un risque car dépendante de la fluctuation des prix du pétrole et c’est pour cela que le gouvernement motive les entreprises à se lancer dans l’industrialisation. Donc pour revenir à votre question, il est important que cette industrie naissante trouve les ressources nécessaires pour atteindre le CKD car le taux actuel d’intégration reste marginal. Nous sommes les premiers à nous lancer dans l’industrie du camion et disposer d’une gamme allant du camion léger au lourds. Je suis un fervent défenseur de la politique du gouvernement algérien, car cela va dans le bons sens même si cela peut paraître comme un coup de force, et ça ne peut que développer l’économie nationale.

En quelques mots peut-on avoir plus de détails de ce qui se fait dans cette usine, ainsi que les différentes pièces locales faisant partie de l’intégration, quitte à être minime. Dans le même sillage, est-ce que GMI sert de lien avec les habituels sous-traitants de HMC pour venir s’installer en Algérie ?

Nous disposons actuellement de deux lignes d’assemblage en activité, la ligne « A » destinée à la gamme légère et la ligne « B » qui permet l’assemblage des gammes moyenne et lourdes. Une troisième ligne « C » est prévue pour ce mois de mars, si tout va bien, pour entamer le montage des bus. Pour le taux d’intégration, il avoisine actuellement les 14 %, ce qui reste peu à mes yeux. Pour la capacité actuelle de la l’usine, elle est de 5000 unités/an avec un seul shift et sans heures extra, ceci dit on peut atteindre les 10.000 unités/an si le besoin se fait sentir en doublant les équipes et en adoptant des heures extra. Pour les bus, la production ira crescendo avec le temps mais ne sera le volume sera défini par la demande du marché et nous étudions actuellement la bonne formule car il est très difficile de trouver des statistiques du marché qui feraient office de base de calcul.

Il existe toujours cette appréhension envers les unités issues d’usines algérienne, c’est quoi votre approche pour rassurer la clientèle ?

C’est un point très important que vous abordez et je peux vous garantir que la qualité est identique entre le modèle importé et celui monté à Batna pour la simple et unique raison qu’ils portent le logo de la marque et qu’on ne peut jouer avec ça. Des camions de moindre qualité porteront atteinte à la marque non seulement en Algérie mais même sur d’autres marchés et HMC ne peut permettre cela. D’ailleurs, trois ingénieurs sud-coréen sont présents sur site pour le contrôle de la qualité des unités assemblées. Depuis le début de la production, plusieurs délégations sont passé par l’usine afin d’y opérer des contrôles inopinés en choisissant des unités au hasard. Certes, ils chercheront à identifier si le problème vient de l’usine de Batna ou des pièces importées pour adopter la solution nécessaire afin que cela ne se produise pas. Mais dans tous les cas, ces différents contrôles permettent de profiter de la garantie du constructeur, donc un engagement de sa responsabilité.

D’accord, mais que faites-vous envers votre cible pour rassurer votre clientèle qui n’est pas forcément au courant des différents contrôles et visites des ingénieurs sud-coréens pour vérifier la qualité des produits et leur dires « Vous pouvez avoir confiance dans les camions GMI » ?

Mon patron me pose cette question sans cesse (Rires). En plus des formations par des instructeurs de HMC, nous avons opté pour une approche différente afin de mieux évaluer le niveau de nos employés. Ainsi, entre la fin octobre et début novembre 2016, nous avons eu des assembleurs vietnamiens (l’usine du Vietnam est le plus important assembleur de Hyundai à l’étranger) et ce afin que les employés algériens s’y frottent au quotidien et je peux vous garantir que cela a fait son effet puisque nos employés ont non seulement amélioré le niveau mais aussi la cadence. Il faut dire que mettre les deux nationalités en compétition chacune sur une ligne à été bénéfique puisque cela a surtout permis aux ouvriers de GMI de croire encore plus en leur capacités mais aussi de se former des heures durant avec des ouvriers vietnamiens très professionnels. Si je raconte cette anecdote c’est pour dire que le niveau de l’employé algérien, mis dans de bonnes conditions, est aussi bon que n’importe quel employé HMC.

Encore une fois cela reste méconnu du client final et les actions envers ce dernier ne sont pas visibles. Il a besoin d’assurance également pour le service après-vente, la disponibilité de la pièce de rechange, etc.

Actuellement notre réseau se compose de 5 succursales et 5 agents agréés et nous projetons d’en avoir deux nouveaux pour cette année. Mais le gros du travail résidera dans les points de service qui doivent être nombreux pour être très proche du client et faciliter ainsi l’entretien du camion et l’achat de pièces de rechange. Pour moi cette proximité est très importante dans la relation avec la clientèle pour qui la chose la plus importante reste le service après-vente. Il est également de notre devoir d’aller vers le client et non pas se contenter de l’attendre et c’est ce que nous faisons actuellement envers beaucoup d’entreprises. On se dirige vers eux pour faire connaître nos produits mais aussi pour connaître leurs besoins et leurs attentes et ce qu’on pourrait faire pour eux aussi bien en modèles qu’en services après-vente spécifiques que d’offres commerciales adéquates tels que des entretiens gratuits pour une année, des pièces de rechange offertes, des formations mécaniques....En une phrase, il faut savoir offrir aux clients professionnels un pack complet qui lui facilite la tâche car un camion est une source de revenu qui ne peut rester sans prise en charge rapide. Il nous faut être des partenaires avec ces entreprises car il ne suffit pas de vendre des camions mais surtout répondre au moindre besoin en cas de panne et limiter les pertes financières qu’engendre ce genre de soucis. Notre travail est d’être à l’écoute du client, c’est primordial.

Pour revenir à l’usine, l’un des points important que met en avant le gouvernement est d’arriver à exporter, peut-on connaître votre position et votre approche pour pouvoir y arriver d’autant plus que vous dites adhérer entièrement à la nouvelle politique industrielle du pays ?

Une question tout aussi importante que sensible. Je commencerai par la fin, oui nous avons un plan de développement pour viser l’exportation. Reste que le premier point est le tarif et ce dernier reste lié au taux d’intégration atteint. Si on doit exporter il faut qu’on soit compétitive dans ce domaine et ma première grosse interrogation car pour le moment je ne sais pas combien de sous-traitants on pourrait avoir, je parle de sous-traitants qui répondent aux critères de qualité de la marque. On pioche dessus et cela pourrait prendre du temps. Le gouvernement algérien met en place des lois afin d’attirer les sous-traitants en Algérie afin de développer le tissu industriel qui doit accompagner les constructeurs et permettre ainsi d’attaquer l’exportation en proposant des produits de qualité de fournisseurs locaux, aussi bien en vitres, acier, batterie, pièces en plastiques, pneus, faisceaux électriques et j’en passe. Des pièces locales mais de qualité sont indispensable pour pouvoir être concurrentiels sur le marché international, qu’il soit celui de nos voisins africains, notre première cible, et même en Europe. Je voudrais également vous dire que GMI a ses propres projets de sous-traitances tels que celui de la carrosserie mais nous ne pouvons être partout, c’est pour cela que nous encourageons certains de nos partenaires, coréens et autres, à venir s’installer en Algérie et répondre à nos besoins mais aussi à ceux des autres acteurs industriels. HMC pourrait également nous accompagner, peut-être pas à court terme, et la dernière visite du président de la division utilitaires de Hyundai,S.K.Han, est un signe encourageant.

Mais quel est le volume minimal pour motiver un sous-traitant à venir investir pour répondre à une usine comme celle de Global Motors Industries.

Environs 20.000 unités, entre camions et bus, seraient une raison de motivation pour les sous-traitants étrangers, en ce qui concerne nos besoins. C’est le volume de l’usine vietnamienne et comme dit au début de l’entretien c’est notre objectif, arriver à faire du CKD avec l’apport de la production locale et accompagner cette nouvelle dynamique de l’industrie en Algérie.

Ben, la boucle est bouclé alors....merci pour vos réponse et à très bientôt pour le premier bus issu de Batna 

Merci à vous et à très bientôt 

Répondre à cet article